Un millier de personnes trans et alliées défilent au centre-ville lors de la Marche pour la libération trans.
Cette année, l’organisation de la Marche trans a été reprise par une coalition de groupes communautaires, étudiants et militants rassemblés autour de revendications communes. Face à la transphobie en pleine expansion et portée par la classe politique hégémonique, autant par le gouvernement que par l’opposition, l’initiative s’est nommée Marche pour la libération trans.
L’appel à manifester rassemblait plus de 40 groupes signataires et c’est plus d’un millier de personnes qui ont marchées: enfants et adultes, jeunes et moins jeunes, citoyen·nes et non-citoyen·nes, étudiant·es, travailleur·euses du communautaire et d’autres horizons, trans ou allié·es. Venu·es avec nos slogans, nos drapeaux, nos plus beaux outfits et une détermination enflammée, nous étions aussi accompagné·es de marionnettes géantes, d’une fanfare, d’un char allégorique abordant un pingouin cagoulé… L’énergie était festive et contagieuse.
Les discours d’ouverture des groupes organisateurs, dont AGIR, MtF, ASTTEQ et le P!nk Bloc ont rappelé que les luttes trans sont des luttes politiques et solidaires de luttes partout à travers le monde. Fort·es de notre décision de manifester librement en tant que personnes ouvertement trans, queers et alliées, nous étions là pour exiger la libération de toutes les personnes trans. Et cette libération passe entre autres par le retrait de loi C-12, le retrait du Canada de l’Entente sur les tiers pays sûrs, l’abrogation de la directive ministérielle formalisant l’incarcération des femmes trans dans les prisons pour hommes, l’accessibilité inconditionnelle aux soins de santé transaffirmatifs – incluant des soins pédiatriques et ce, peu importe le statut migratoire des individu·es et finalement, le financement pérenne de l’éducation à la sexualité, ainsi que la lutte contre les violences queerphobes dans les écoles.
Dès le début de la Marche, les policiers ont empêché la manifestation d’avancer selon ses plans alors que rien ne justifiait ces mesures. Tout au long de la Marche, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) se sont montrés prêts à utiliser des moyens violents pour empêcher un groupe de personnes queers et trans de défiler librement dans le Village. Est-ce donc devenu le mandat de la police de protéger les LGB de ce T qui fait si peur ?
Plusieurs fois, des manifestant·es en tête de cortège ont été poussé·es, brassé·es ou frappé·es par des policiers pour les empêcher d’accéder au quartier. De plus, la présence de la SQ devrait, en soi, nous déranger: apparement, le SPVM se sentait incapable de gérer seul la revendication de la libération trans à Montréal pendant le mois de la Fierté. Depuis quelques années, le SPVM traite les manifestations queers avec une brutalité particulière. Rappelons-nous l’explosion de violence déployée contre la Fierté radicale en 2025. Des manifestant·es s’étaient réfugié·es en marge du cortège pour fuir les coups et les armes chimiques. Le SPVM avait alors gazé la fête familiale qui se tenait à côté d’elleux.
Samedi, lors de la marche, des policiers ont communiqué que l’ordre d’empêcher la manifestation d’entrer dans le Village venait directement de la mairesse Soraya Martinez. La Ville de Montréal a-t-elle réellement décidé d’adopter comme politique officielle de refuser l’accès au Village aux personnes trans qui veulent revendiquer leurs droits, leur autonomie et de meilleures conditions de vie? La répression policière des manifestations queers est honteuse mais ne saura pas arrêter nos communautés.
À qui le village ? À nous le village !
De Champ-de-Mars, nous avons pris la rue René Lévesque et tenté de rejoindre le Village. Nous n’avons pas cédé, et longé les rues De Lorimier vers le nord, puis Ontario vers l’ouest. Après presque deux heures de marche, la manifestation a fini par déjouer le dispositif policier et rejoindre le Village. Nous avons finalement atteint la rue Sainte-Catherine et quelle surprise! Le Village n’a pas pris feu! Au contraire: la manifestation a rejoint les gens qui fêtaient sur les terrasses, heureux·ses de nous voir arborer nos couleurs.
La manifestation s’est arrêtée dans la joie et la défiance face aux policiers ne sachant plus trop où se mettre entre les restaurants, les passant·es et les manifestant·es. Le discours de clôture de la directrice de Jeunes identités créatives / Gender Creative Kids a alors rappelé ce que dénonçait la Marche: « c’est l’entièreté du système qui convertit nos enfants à une idéologie violente, raciste, capacitiste et hétéropatriacale ». Nous étions fièr·es de tenir tête au fascisme et d’avoir manifesté pour toutes les personnes qui n’ont pas pu marcher avec nous par peur que leur enfant ou qu’elleux-mêmes soient identifié·es comme queer ou trans.
Nous avons réussi à marquer les esprits en réunissant une foule politisée et résolue à atteindre notre libération.
Evidemment, beaucoup de travail reste à faire. Cette manifestation est une continuation des efforts radicaux trans portés depuis des décennies. Et c’est aussi une promesse que nous continuerons à lutter tant que le cistème entravera nos existences.

